Polaroid

27Mai08

Comme beaucoup de monde, je suis fort intéressée par les derniers épisodes de l’aventure Polaroid. La page qui se tourne avec l’arrêt de la production des derniers films, programmée pour 2009, concerne bien sûr une petite merveille de technologie dans l’histoire de la photographie. Au delà de ça, l’apparition magique de l’image quasi immédiatement lors de la prise de vue ne me paraît pas très éloignée de certains usages que le numérique nous a fait (ré)intégrer très rapidement. Si l’on ressent aujourd’hui une perte de matérialité de l’image, on a toutefois directement accès au visuel que l’on vient de capturer. Les deux facettes de cette « image immédiate », l’une dans l’objet unique et foncièrement imparfait du polaroid, l’autre dans l’écran, aperçu d’une vignette intégrée à la machine, m’ont paru dialoguer dès mes premières utilisations d’un APN.
Lorsque j’utilise un boîtier argentique aujourd’hui, je reviens obligatoirement à une forme de mystère, à une temporalité que le numérique a reformulée, en supprimant l’attente du premier aperçu. D’où le réflexe idiot qui me fait examiner le dos de l’appareil pour y chercher en vain un écran; espoir contrarié de vérifier en un premier coup d’oeil ce qui s’est fixé…

Life Polaroid

Bref, fort intéressée donc, j’ai créé une alerte Google qui est censée m’avertir des dernières nouvelles concernant Polaroid. Hier, Google m’a aimablement signalé cet article de La Croix, qui annonce le lauréat de la Palme d’or. Intitulé « Entre les murs de Laurent Cantet, polaroïd inquiétant de notre société », l’article a logiquement été collecté dans les nouvelles les plus récentes convoitées par mon alerte. Les erreurs d’aiguillage de ce type sont courantes, évidemment, et vite balayées des messageries, mais cet emploi-ci de la marque comme nom commun, s’il n’est pas nouveau, m’a laissée songeuse.

Les quelques lignes signées Jean-Claude Raspiengeas commencent ainsi:

À mille lieux d’Hollywood, « Entre les murs », de Laurent Cantet, a été la révélation finale de cette édition. La vie d’une classe de 4e dans un lycée réputé difficile du XXe arrondissement de Paris.
Adapté du livre de François Begaudeau qui racontait sa propre expérience de prof et joue ici son propre rôle avec une aisance stupéfiante, face à une trentaine d’adolescents qui ne lui laissent aucun répit, ce film fixe, comme un polaroid inquiétant, l’état de notre société. Présenté sous une forme documentaire, cette fiction jouée par de vrais élèves, de vrais profs et de vrais parents d’élèves devrait marquer les esprits à sa sortie en octobre.(…)

De nombreux billets, sites ou blogs ont relevé les tentatives de sauvetage des aficionados. Pages Flickr ou Facebook, pétitions, articles en tous genres ont fleuri depuis l’annonce de février. En lisant les quelques lignes de La Croix, quelques commentaires me sont revenus à l’esprit:
Sur écrans.fr:

Iserge: Je ne vois pas bien l’intérêt de vouloir faire survivre une technologie complètement obsolète. Polaroïd, c’était hors de prix, de mauvaise qualité et ça vieillissait mal.
Quel entrepreneur oserait se jeter dans l’aventure du Polaroïd en 2008 pour quelques nostalgiques ?

Le « polaroid » d’une époque, d’une société, est-il cela?: d’une esthétique approximative, d’un caractère plutôt brut, documentaire, mais qui possède en outre une interprétation du réel parfois poétique, délavement des couleurs ou nature fugitive. C’est cela qui m’a plu, personnellement, lorsque j’ai réalisé l’album des deux premières années de ma fille avec les films SX 70. Dresser un portrait en quelques clichés-objets, quelques traces uniques, imprécises et éphémères, signes aussi des changement si rapides chez un jeune enfant.

Reste à voir Entre les murs, à savoir si le journaliste en parlait comme d’un simple instantané ou si ce que Iserge entendait par « mauvaise qualité » y est contenu sous la forme des capacités expressives que j’ai apprécié dans l’invention Dr Land…

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4 Responses to “Polaroid”

  1. la photographie moisissures l’imaginaire de l’humanité

  2. 2 Nicolas Engler

    C’est facile de trouver des raisons de critiquer Polaroid : rien n’est parfait bien sûr, mais songeons aux inombrables possibilités que cette technique a offert aux usagers. Je connais un couple de voyageurs en pays lointains dont l’un en utilisait le précieux avantage du développement instantané pour distribuer leurs portaits à des personnes généralement réfractaires à se laisser photographier. Pendant que l’autre saisissait l’occasion pour réaliser, en toute liberté, des images d’un réalisme absolument impensable dans des conditions ordinaires !

  3. Attention, en dépit de la prononciation du nom, il n’y a pas de tréma sur le « i » de Polaroid.

  4. 4 sourisdecompactus

    @Nicolas Engler: je ne trouve aucune raison de critiquer Polaroid et en demeure une utilisatrice déjà nostalgique:)

    @Pascal: c’est corrigé, sauf dans les sources citées qui m’ont induite en erreur…



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