Agfacolor: de la couleur originelle

24Juin08

Petit complément au débat qui a eu lieu sur ARHV autour des dipositives originales de Zucca, d’un point de vue de l’histoire des procédés photographiques.

Le premier Agfacolor est un procédé additif, comme l’autochrome, ou les procédés à réseau de type Dufaycolor, Finsley, etc…

L’originalité du procédé est d’utiliser un filtre, constitué de trois bandes de verre teintées en bleu, vert et rouge placé devant l’objectif (cf. photographie ci-dessous)…. Pour la prise de vue ?

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Mais rien n’est simple avec les objets car nous avons également un filtre, pour Leica cette fois, constitué de bandes de verre alternées rouges, vertes et blanches et marqué « Wiedergabe-Filter ».
(cf photographie d’un filtre Leica ci-dessous)…. Pour la projection ?

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Ou a-t-on affaire à deux procédés parents, l’un bichrome et l’autre trichrome ? La réponse devrait se trouver dans un mode d’emploi du procédé qui se trouve certainement dans nos archives… donc suite au prochain épisode…

Seule certitude : le rendu de ce ou ces procédés est inévitablement fort différent de celui des films inversibles soustractifs.

Pour en revenir au sujet du débat : nous ne pouvons pas comparer la perte de couleur d’un procédé à celle de l’altération d’un pigment sur une toile ou un bâtiment qui, après nettoyage et analyse, offre de bonnes chances de restitution fidèle.

Dans notre cas il faudrait disposer d’un modèle de vieillissement propre à chaque procédé pour tenter un rétablissement de la teinte par voie numérique. En effet, chaque type de film a des caractéristiques de restitution des couleurs qui lui sont propres. Le contraste et la densité de chaque couche, voire de couches intermédiaires, la qualité des colorants ou des copulents (deux moitiés de colorants qui s’assemblent au cours du développement chromogène) influence le résultat tout comme la qualité du développement.

Chaque émulsion est différente, ce n’est qu’avec les années 1980 que la sensibilité des films inversibles a réellement été stabilisée. Les photographes ayant connu cette période se souviennent des fiches de corrections des écarts de réciprocité (effet de Schwarzschild) qui modifient la couleur et la sensibilité des films notamment en pose lente.

Le rendu des couleurs est un sujet de concurrence commerciale et scientifique, qui ne se confronte pas à un chiffre ou une donnée fixe, mais bien à la subjectivité de la clientèle. Les fabricants ont organisé de grandes enquêtes auprès de différents publics pour tenter de trouver le rendu idéal …

Donc l’idée, séduisante, d’utiliser une sorte de balance des blancs automatique sur les restes d’une courbe de sensibilité ne peut pas restituer la coloration de l’original fraîchement développé. Cela donne un résultat certes neutre, mais, parole d’Helvète, on peut trouver mieux !

Si nous parlons de diapositives 24×36 mm, nous ne pouvons pas les traiter comme des estampes ou des tirages car elles sont destinées soit à la projection, soit à l’impression après sélection des couleurs ou encore au tirage, comme un négatif sur papier positif ou par l’intermédiaire d’un internégatif sans oublier d’autres possibles comme le dye transfert, la pinatypie , etc…

Dans le cas présent, il semble que l’impression dans une revue ait été la finalité de la démarche du photographe, dès lors ces mêmes imprimés constituent une référence pour une restitution possible (ou probable de couleur), ceci en tenant compte du jaunissement du papier, sans oublier les probables interprétations de l’imprimeur.

C’est donc avec plaisir que nous découvrons la cohérence de la démarche d’André Gunthert qui publie, côte à côte, la reproduction de l’état actuel et de la restitution proposée. Cela s’accorde pleinement avec les règles déontologiques propres à la restauration – car il s’agit d’une forme de restauration – (Cf. ICOM). Cette méthode s’apparente également à la règle du témoin d’état laissé après une restauration de peintures dans un bâtiment. C’est aussi une belle manière de ne pas masquer la réalité en laissant le public, mature, découvrir les choses. En exposition, une simple vignette, avec la coloration actuelle, placée en regard de la légende suffirait pour informer le public de l’aspect hypothétique de la restitution proposée.

Jean-Marc Yersin

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4 Responses to “Agfacolor: de la couleur originelle”

  1. 1 Jean Leplant

    Le débat lancé par A. Gunthert est passionnant, mais la question connexe posée par l’emploi de l’Agfacolor ne manque pas de sel. D’après mes sources, les filtres à utiliser avec un Leica étaient trichromes (l’un pour Hektor f/1,9, l’autre pour Summar f/2), des compléments optiques similaires étaient disponibles pour la projection (modèle de projecteur Leitz VIIIa, pouvant être équipé de presque tous les objectifs de la marque).
    Il paraît que le système est décrit dans la revue Leica n°1 (février-mars 1934 ?), ce que je ne peux pas vérifier du fin fond de ma campagne.
    Cependant, je suis prêt à parier qu’un photographe comme Zucca utilisait un film dérivé de celui vendu en France à partir de 1935 (ou 1936?) sous le nom de Agfacolor-Ultra, pour lequel aucun filtre de prise de vue n’était nécessaire. Voir, semble-t-il, la revue Leica n°10.
    Je souhaite de tout coeur que vos ressources permettront un jour d’éclairer notre lanterne sur ce petit problème technique.

  2. Merci pour ces investigations passionnantes. Comme le suggère Jean Leplant, Zucca utilise l’Agfacolor Neu, film inversible mis au point en 1936 par Wilhelm Schneider et Gustav Wilmanns, la même année que la version photo 35 mm du Kodachrome, autre émulsion chromogène qui permet de photographier sans filtres.

  3. 3 sourisdecompactus

    Merci de toutes ces indications, qui nous ont guidés dans les rayonnages…

    Nos fouilles se sont prolongées dans les archives et nous préparerons un complément au complément dès que possible. Avec accès aux documents scannés, bien entendu :)

    Séverine Pache


  1. 1 Agfacolor: suite et fin des fouilles « souris de compactus

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