Le mal nommé

24Juin08

Publicité Sida

Evidemment, un slogan pareil a de quoi réveiller en un éclair le chercheur occupé depuis de longues heures à feuilleter les revues anciennes dans leurs reliures poussiéreuses et pesantes. C’est donc fort amusé que Gianni Haver me signala cette publicité il y a quelque temps.

En dépit d’un nom difficilement assimilable au loisir aujourd’hui, le Sida semble donc, à en croire sa publicité, viser une cible extrêmement large: vacances, sport, vieux, jeunes. Un appareil léger et facile d’accès, pratique et bon marché, destiné à l’utilisateur amateur, a priori. Chose surprenante: si vous entreprenez, comme moi, de fouiller un peu dans la littérature pour suivre la trajectoire de cette marque, c’est parmi les appareils espions que vous en trouverez les traces les moins volatiles (1).

La raison en est simple: le Sida fait partie de ceux que nous nommons, au musée, les appareils miniatures. Appellation un peu plus prudente, qui évite de regrouper tous les objets de petite taille dans la catégorie bien spécifique des dispositifs dévolus à l’espionnage. Il y a, à l’évidence, une grande marge d’application entre un appareil tel que celui qui fait l’objet de ce billet et l’appareil-sac à main, la montre photographique Ticka ou autre caméra-cravate.

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Revenons au Sida. Il est associé au nom de Fritz Kaftanski et à la marque Fex, mais force est de constater que ses pistes sont loin d’être claires. La bible des iconomécanophiles, le Mc Keowns dernière mouture, indique sous le nom Sida la mention suivante: « Sida Gesellschaft für photographische Apparate m. b. H., Berlin, Germany), puis le logo « Sida », puis enfin la précision: « Founded in 1934 by Karl Gumpel, the former associate of Fritz Kaftanski (Fotofex) ». Une liste détaille ensuite les multiples versions recensées: originale (1936) en métal noir ou vert, française, italienne (Sida Optyka), anglaise, polonaise, etc. Puis le Sida Extra (1938), le Sida Standard (1938), et enfin le Sidax (1948) en bakélite.

Les premières activités de Fritz Kaftanski sont associées au nom de l’entreprise paternelle Fex, société jusque-là consacrée au commerce de fournitures photographiques. En 1927, la fabrique FOTOFEX KAMERAS de Fritz lance en Allemagne deux appareils de type box à plaques très simples : le Werberfex et le Rekord-Fex. Après le Rollfex et le Klappfex et autres appareils, il présente le Minifex en 1932 : l’un des premiers subminiatures modernes auquel le nom de Kaftanski sera toujours associé dans l’histoire technique : un bloc objectif / obturateur de taille normale monté sur un boîtier minuscule utilisant du film cinéma de 16 mm et donnant 36 vues de format 13×18 mm.

C’est après l’aventure Minifex que Kaftanski s’attèle à la réalisation d’un appareil destiné à une diffusion plus large : le Sida. La société SIDA G.m.b.H. naît en 1934. Tous les produits conçus par Kaftanski ont été brevetés, parfois dans plusieurs pays, à l’image de la trajectoire de cet homme de confession juive fuyant le nazisme en 1939, pour s’établir en Tchécoslovaquie, puis dans plusieurs autres pays d’Europe, dont finalement la France.

Sur le site de Sylvain Halgand, collectionneur d’appareils anciens, trois brevets relatifs au Sida sont disponibles en pdf :
– Le premier, demandé en France le 24 décembre 1934, est l’œuvre de Karl Gumpel et Fritz Kaftanski, résidant alors en Allemagne.
– Le deuxième est demandé par les mêmes associés en Suisse le 28 décembre 1934.
– Le troisième concerne le Sidax, reprise postérieure du modèle Sida en France. Le demandeur en est Frédéric Kaftanski (son prénom, est devenu d’abord Friedrich pour finalement être francisé) et le brevet est délivré le 22 août 1951.

Pour les amateurs, ce site internet raconte en détails et sous réserve d’imprécisions l’histoire des entreprises Fex et Indo.

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Le Musée suisse de l’appareil photographique possède trois exemplaires de cet appareil. L’un d’entre eux est exposé : un Sida Extra en bakélite, dont la fabrication suisse est signalée par la présence d’une arbalète au dos de la lentille. Les deux autres numéros d’inventaires recensent un Sida Extra en plastique et métal et un Sida Standard en métal, tous deux munis d’une optique fixe « Sida-Optic » de 1 :8 – 35 mm.

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Il serait impensable, aujourd’hui, d’annoncer joyeusement que l’on emporte son Sida avec soi pour le sport et les vacances. La rareté de l’objet dans les collections est dûe notamment à la conception légère en plastique ou bakélite de la plupart des appareils (et de leurs multiples variantes), classés dans les modèles bas de gamme. Evidemment, les films sur mesure sont introuvables dans les collections techniques. Une chose manque également: un corpus, même restreint, d’images réalisées avec un Sida. Celui qui trouve cet élément gagne le Grand Prix du Compactus!

(1) Voir par exemple PRITCHARD, Michael, and ST DENNY, Douglas, Spy Camera: A Century of Detective and Subminiature Cameras. London: Classic Collections, 1993.

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2 Responses to “Le mal nommé”

  1. Bonjour,

    il y a un EXTRA SIDA avec une boite de film, des négatifs et UNE photo au musée du jouet de Prague.
    j’ai une photo si ça peut se poster quelque part…

    Bien cordialement

    Regis

    • 2 sourisdecompactus

      Bonjour et toutes mes excuses pour la réponse tardive.
      Merci d’avoir répondu et de me signaler l’existence de ces objets. Je suis évidemment très intéressée et vous contacte en coulisses ;-)



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