Ambroise Tézenas

21Sep08

Il y a d’abord cette série qui remporta un prix prestigieux : Pékin, théâtre du peuple. Cinq voyages dans la capitale chinoise en chantier dans la perspective des jeux olympiques de 2008. Cinq fois ces mêmes lieux arpentés avec un bagage pesant : la chambre Sinar et son trépied. Cinq fois la mesure de cette pulsation : une ville en pleine mutation, remodelée en vitesse, vidée, nettoyée, restructurée, avec ses silhouettes humaines qui fuient, s’adaptent, se faufilent tant bien que mal. Le choix du grand format, les prises de vues parfois nocturnes, et tout ce qui compose le langage visuel choisi par le photographe donnent ici à voir cet effacement de l’humain : il laisse dans la longueur du temps de pose, une trace fantomatique de son passage, une aura discrète qui montre combien il est peu pris en compte. Ambroise Tézenas, visiteur solitaire de ce théâtre, confie ses errances à un décor tout-puissant. Or, voyez-vous, le simple fait de formuler une phrase comprenant « peu pris en compte » ou « tout-puissant » est une injustice. Il suffit de s’arrêter 20 secondes devant ces images pour comprendre l’absence décidée de prise de position ou de jugement, la volonté limpide de témoigner. L’approche n’est jamais militante. Et si l’adjectif « documentaire » convoque obligatoirement une vaste discussion en histoire de la photographie, le regard d’Ambroise Tézenas assume la filiation de ces vents parfois tourbillonnants…

Ambroise Tézenas, Hutong no1, 2002
Hutong no 1, 2002, copyright: Ambroise Tézenas

Ce travail a été mille fois couronné de succès : du prix Leica European Publisher’s Award for Photography à la salle des combles de notre musée ;-)
Par sa qualité et sa cohérence, cette vision de Pékin est à elle-seule un pied de nez à la critique de ceux que Jeanloup Sieff nommait les « cloportes en imperméables » (reconnaissons à Sieff au moins ce sens de la formule), qui déplorent l’abondance des paysages urbains dans la photographie contemporaine.

Et puis, aussi, il y a d’autres reportages, commandés par le New York Times Magazine par exemple, qui envoient, aujourd’hui, un photographe immortaliser les puits de pétrole vénézuéliens à la chambre (négatif 4/5 inches) et parfois au moyen format, toujours argentique, en contresens d’une éventuelle uniformisation de l’iconographie, passant outre la pesanteur technique. C’est vrai, la TV, la vidéo, la concurrence de l’audiovisuel, le numérique, la montée des amateurs, etc, etc… ce malheureux photojournalisme ne cesse d’être en crise et il faut bien reconnaître que tout est loin d’être simple dans ce domaine. Alors dans un contexte où chaque jour nous arrivent à l’oreille gauche cent récits désespérés de professionnels et à l’oreille droite mille sanglots des spectateurs devant les images banalisées et omniprésentes, il est quelquefois précieux de pouvoir admirer une belle commande dans la presse…

Reportage d’Ambroise Tézenas pour le New York Times Magazine sur les puits de pétrole sur le lac Maracaibo, Venezuela, octobre 2007. Photos publiées avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Ambroise Tézenas, Venezuela
Puits de petrole sur le lac maracaibo. Venezuela. 10-2007
copyright: Ambroise Tézenas

Ambroise Tézenas, Venezuela

Oleoducs sur le rivage du lac maracaibo. Venezuela. 10-2007
copyright: Ambroise Tézenas

Ambroise Tézenas, Venezuela
Station essence au sud de maracaibo, venezuela. 10-2007 (images suivantes idem)
copyright: Ambroise Tézenas

Ambroise Tézenas, Venezuela

Ambroise Tézenas, Venezuela

Ambroise Tézenas, Venezuela

Pour célébrer les 60 ans de Sinar, fameuse entreprise helvétique d’appareils photographiques de grand format, le musée offre une exposition technique qui retrace tout l’histoire de ce fabricant. En outre, Pékin, théâtre du peuple, d’Ambroise Tézenas, est présentée par une projection et quelques tirages.
Vendredi dernier 19 septembre, le Musée suisse de l’appareil photographique a officiellement fêté, en compagnie de la famille Koch (fondateurs de Sinar), la réception de la série Milestones dans ses collections, sous la forme d’un prêt permanent. Cette série est une exposition itinérante créée par l’entreprise à l’occasion des 50 ans de la marque et contient de nombreux objets précieux retraçant l’évolution technique de la chambre, dont le prototype de la fameuse Sinar Norma de 1948.

Site web d’Ambroise Tézenas
Site web de Sinar
Reportage sur Hong Kong dans le New York Times Magazine

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