Exposition et médias

10Nov09

colloque SHC

Centre des Sciences historiques de la culture, Unil
IIIème colloque du Centre SHC / Projet de recherche „L’exposition moderne de la photographie (1920-1970)“
Exposition et médias
(photographie, cinéma, télévision)

29 et 30 octobre 2009

C’est un projet de recherche déjà passionnant qui était à l’origine de ce troisième colloque du Centre SHC, et le résultat de cette rencontre, orchestrée par Olivier Lugon, fut un panorama cohérent et extrêmement riche de points de vue sur les questions de l’exposition des médias. Les intervenants choisis ont non seulement éclairé le champ de cette recherche de manière pointue, mais ont également réussi à lier les problématiques entre elles dans une cohérence rare, qui porte à penser que l’étude de l’exposition des médias est un domaine où l’interdisciplinarité prend (évidemment) tout son sens. À noter également que de nombreux représentants du monde muséal ont participé à l’événement et que le dialogue a pu se dérouler sur un terrain qui concilie les pôles pratique et théorique de manière stimulante.

Conçue sur deux jours, la rencontre a consacré trois demi-journées aux différents médias retenus – photographie, cinéma, puis télévision – avant d’entamer le débat au cours d’une table ronde sur le musée de photographie. Vous trouverez ici quelques remarques portant principalement sur les communications dédiées à la photographie, mais sachez qu’on a glissé à l’oreille de la souris que des actes complets et précis seraient fort heureusement édités… Point de compte-rendu en bonne et due forme, donc, mais quelques notes pour plus tard.

L’exposition de la photographie

Ulrich Pohlmann, du Stadtmuseum de Münich, a ouvert les feux avec une communication sur l’harmonie entre art et industrie autour des expositions de photographie de 1840 à 1909. Son parcours historique a fixé quelques jalons importants des modalités d’exposition de ce nouveau médium. Le passage d’une présentation de la photographie très technique et/ou commerciale aux premières tentatives historiques et artistiques s’est fait au travers d’exemples tels que la galerie de daguerréotypes des Meade’s Brothers, le Crystal Palace de Londres (1851), l’International Photography Exhibition de Londres (1862), la première présentation d’une « histoire de la photographie » par la SFP en 1862 à Vienne, ou encore la Künstlerische Photographie Ausstellung zu Hamburg.

Martin Gasser, conservateur de la Fondation suisse pour la photographie, a quant à lui détaillé le débat entre pictorialistes et Neue Sachlichkeit, dans le contexte suisse, ajoutant un nouveau éclairage à son travail remarquable mené pour l’exposition Bilderstreit. Axée cette fois-ci sur la problématique de l’exposition, cette réflexion a disséqué l’usage de ce moyen de présentation dans le combat entre les deux pôles esthétiques. L’exposition Bilderstreit, présentée en Romandie jusqu’à il y a quelques jours au Château de Prangins, avait fait l’objet d’une publication passionnante, que vous trouvez ici , au besoin.

Du MOMA, Ariane Pollet a présenté les évènements et idéologies qui ont marqué le début de la carrière muséale de la photographie aux Etats-Unis, cela de l’inauguration de l’institution en 1929 à l’arrivée de Steichen en 1947, parcourant le règne de Beaumont Newhall et l’éphémère Center of Photography, dirigé par l’éditeur Morgan.

Olivier Lugon s’est quant à lui attaché à l’étude de l’avènement du grand format, notamment au travers de la collaboration entre Stephen Shore et les architectes Venturi and Scott Brown pour l’exposition « Signs of Life: Symbols in the American City » (Washington, 1976). Cette communication passionnante rappela la mauvaise presse initiale du grand format dans une conception artistique de la photographie, celui-ci portant la lourde croix de son origine technique, mécanique, publicitaire, et éventuellement propagandiste . Dans cette échelle de valeur, le gonflement de l’image, par une multiplication des regards pour plus d’efficacité, accélère la communication là où justement l’art la ralentit. L’arrivée du grand format en photographie amène des pratiques comme le contre-collage, qui fragilisent irrémédiablement les tirages, et font apparaître une forma paradoxale de monumentalité jetable, véritable cauchemars du point de vue de la conservation.
L’exposition « Signs of Life » avait pour ambition formelle de croiser les modèles du billboard et du journal, deux modes de lecture et de contemplation aussi éloignées l’un que l’autre du celui des beaux-arts: le premier destiné à une vision distraite et lointaine, le second exigeant une extrême concentration et une grande proximité. La collaboration Shore/ Venturi and Scott Brown misa sur une technique nouvelle de la firme 3M, nommée NECO. L’entreprise, qui perçut cet évènement comme une consécration, préfigure des collaborations ultérieures entre les photographes comme Cindy Shermann, qui s’emparèrent de techniques destinées à la publicité et thématisèrent la relation entre artiste et médias (notons au passage la technique d’origine helvétique Diasec utilisée par l’école de Düsseldorf).

Cheval épisode 3

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Olivier Lugon, François Cheval, André Jammes (à l’écran)

L’ultime partie de ce colloque consistait en une conférence de François Cheval, directeur du Musée Niépce, et une table ronde réunissant les responsables de plusieurs institutions photographiques suisses et étrangères.

François Cheval a exposé les fruits de sa réflexion sur le musée de photographie tome III, faisant suite à deux textes: « Déception et mélancolie » et « L’épreuve du musée », publié dans Etudes photographiques No 11 (mai 2002) et donc disponible en ligne, en texte intégral.
Le directeur de musée n’a pas l’habitude d’y aller avec le dos de la cuillère, et c’est une communication animée qu’il soumit à son auditoire. Autour de la figure d’André Jammes, il évoqua l’apparition primordiale d’autorités scientifiques prétendues, venues de l’Europe, aux Etats-Unis, pour tracer des voies de légitimation à la photographie. La défense acharnée de Talbot contre Daguerre, partagée par Gernsheim, allait peu à peu contribuer à distancer le médium de sa nature mécanique pour le « promouvoir » sur un plan artistique. Cheval définit la maison du Musée Niépce dans l’étude de ce que la photographie a changé dans la manière d’aborder le monde, et non pas dans l’image strictement artistique, ni même dans ses seules caractéristiques techniques. Sa pensée à propos de la constitution du musée de la photographie traque donc dans les moindres recoins historiques les mécanismes qui ont enfanté les institutions telles que nous les connaissons aujourd’hui.

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Table ronde. De gauche à droite:
Martin Gasser (Fotostiftung Schweiz), Ulrich Pohlmann (Stadtmuseum München), Bill Ewing (Musée de l’Elysée), François Cheval (Musée Niépce), Diana Le Dingh (Musée historique de Lausanne), Olivier Lugon (UNIL)

Il est évident que le paysage patrimonial de la photographie en Suisse diffère de son homologue français. L’accent de la table ronde qui suivit fut donc porté sur la nécessité de travailler en réseau de compétences. Chaque institution présente ayant une mission complémentaire et spécifique pour aborder la photographie, il fut question de renforcer les axes de collaboration, de jouer la carte de la diversité des approches.

Je note encore l’étude omniprésente durant le colloque des expositions nationales et/ou universelles, qui furent les premières plateformes de présentation de la photographie, du cinéma, de la radio et de la télévision. Ce point commun, revenant dans chaque discours sous une forme ou une autre, eut pour conséquence une vision très détaillée des modalités d’exposition des « nouvelles technologies » de l’époque, et du chemin de légitimation qui allait se profiler pour chacune d’entre elles.
La présentation de Jean-Christophe Royoux (historien de l’art, Paris, conseiller pour les arts plastiques, région Centre), ayant pour titre « The Information Machine : l’ordinateur, paradigme de l' »Exhibition Design » en tant que dispositif d’images » fut un moment passionnant d’étude portant cette fois sur l’ordinateur. Clôturant les interventions, elle ouvrit aussi les perspectives sur les dispositifs plus actuels, les technologies plus récemment « nouvelles ».

Il y aurait des pages à écrire sur ces sujets, et cela sera fait avec la publication des actes, que je ne manquerai pas de vous signaler.

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